DAAU s’apprêt à faire souffler un vent d’anarchie sur Montreux

DAAU s’apprêt à faire souffler un vent d’anarchie sur Montreux

Michael Masserey

Divertissement nocturne anarchiste! Théâtre ma­gique. En­trée réservée aux seuls fous», c’est inspirés par ces quelques lignes extraites du Loup des steppes de Hermann Hes­se que quatre artistes anversois ont baptisé leur ensemble Die Anarchistischc Abendunterhaltung (DAAU). Un nom de mani­feste dada pour un quatuor qui depuis six ans explore musique classique, folk et rock. Un choix motivé tant par les instruments choisis (violon, violoncelle, accor­déon et clarinette), pratiqués es­sentiellement par les interprètes de folklore, que par la volonté de casser les barrières.

Pas étonnant dès lors de voir ce groupe belge, formé dans les conservatoires, partager l’affiche avec Bjôrk, autre électron libre de la planète musicale, qui se pro­duira à Montreux accompagnée d’un octuor à cordes. A l’instar de l’Islandaise, les Anversois ont créé un univers musical original, une fascinante mer sonore tantôt noire et démontée, tantôt laiteuse et apaisée. Roel Van Camp, 24 ans, doyen et mentor du groupe, s’explique.

«Nous avons créé DAAU, car nous en avions assez de l’orthodoxie des musiciens classiques. Les rares personnes qui composent dans le secteur  contemporain créent des oeuvres trop compliquées, trop abstraites. DAAU veut séduire un public jeune, en combinant les motifs, ardus ou populaires. Sans pour autant chercher à développer un concept musical. Tout se fait très naturellement.» Et de manière très physique et théâtrale. D’où la référence au divertissement anar­chiste et foldingue. «Nos concerts sont très dynamiques. Je crois que nous proposons un spectacle d’émotions fortes. Les instruments dialoguent, chuchotent avant de s’emporter violemment. Nous improvisons beaucoup sur scène.»

Aujourd’hui, les quatre Belges ont arrêté leurs études musicales pour se consacrer à leur groupe. Habitué du circuit des salles rock, DAAU a plusieurs fois joué en première partie de dEUS, une autre formation anversoise qui compte parmi les plus passion­nantes du panorama rock contemporain. Les musiciens de dEUS sont des amis. Nous avons collaboré à l’enregistrement de leur dernier album. Ce qui nous plaît dans l’univers du rock, c’est que les musiciens n’ont pas peur d’attaquer leur guitare. Au conservatoire, j’avais l’impres­sion que nous devions protéger nos instruments, comme s’ils étaient de petites choses fragiles. En fait, je crois que DAAU est à cet égard un groupe de rock.»

A cette déclinaison d’un vocabulai­re musical direct et parfois rageur s’ajoute une passion pour le folklore. 

«La musique klezmer nous influence, mais aussi les traditions arabes et tziganes. C’est peut-être parce qu’Anvers est une ville où les cultures se mélan­gent. Même si le Vlaams Blok, le parti d’extrême droite flamand, y est très fort. Mais je crois ‘que ce soutien traduit avant tout une condamnation ferme de la cor­ruption du système politique et judiciaire belge. Je crois que, . d’une certaine manière, notre musique dénonce cette dérive. Chacun, de quelque culture qu’il soit, peut y trouver ses racines, sa maison.» Et sans doute aussi l’expression de l’humeur du mo­ment. La musique de DAAU multiplie les climats les plus di-. vers, les plus extrêmes aussi. «Nous jouons beaucoup sur les contrastes. Sans doute, parce que sur scène, cela nous permet d’atti­rer l’attention du public, de capter à tout moment son regard. Je crois aussi qu’en passant du chaos au calme le plus plat, cela permet d’exacerber les émotions», ■

WE NEED NEW ANIMALS, nouveau disque de DAAU (Sony).

FESTIVAL DE MONTREUX. DAAU en concert vendredi à l’Auditorium Stravins­ki, en première partie de Bjiirk. Le concert d’Asian Dub Foundation prévu le même soir est annulé.

Le Temps, Culture, 9/07/98