Dominique A – INTW – Ramonville Saint Agne

Dominique A – INTW – Ramonville Saint Agne

Comment Certains Vivent

Article original de  le Site officiel de Dominique A

dominique A

 

Dominique A nous a accordé une interview lors de son passage à Ramonville Saint-Agne (31) le 14 mars 2002. Merci à celles et ceux qui nous ont aidé à sa réalisation (en particulier à Alain C., Julien S. et Florence B.).
L’entretien a été assuré par Sam.

 

Dominique A bonjour.
Bonjour.

Alors tout d’abord, est-ce t’étais au courant qu’il existait déjà un site sur Dominique A ?
Ben depuis quelques mois ouais j’en ai eu vent ; alors pas mal de mal à trouver avec les tirets, les machins, les trucs et en plus j’ai pas d’ordinateur chez moi donc ça passe forcement par soit un copain soit et euh… Ouais ouais, j’ai découvert ça avec joie. Je sais qu’il y avait déjà eu des trucs qui était passés y’a quelques années notamment…

…qui n’existent plus
… ouais notamment y’avait un type, je me souviens, j’avais été voir la page, c’était des photos illustrant les chansons et notamment y’en avait une illustrant du Gros Boris où tu voyais un pauvre chat – je sais pas – ne faire étrangler ou un truc comme ça. Et y’avait aussi un site, je crois californien, mais qui n’était pas axé sur moi spécialement mais sur la nouvelle scène y’a quelques années et toutes les paroles étaient traduites en anglais. Donc ça c’était un espèce de fou, je crois dans l’université de San Francisco, un truc comme ça, enfin je suis pas sûr de la provenance exacte… un type qui se faisait appeler Pink Frankenstein, et qui fait donc pas mal de trucs par rapport aux trucs français. Enfin je sais pas c’était y’a quelques années maintenant…

C’était plutôt l’époque La Fossette ?
Ah non non, c’est plus récent, c’est plutôt… ben aux dernières nouvelles, les derniers contacts que j’ai eu avec lui, je l’avais rencontré une fois quand on avait joué, le seul concert qu’on ait fait aux Etats-Unis (je dit « on » parce que Françoiz jouait aussi), c’était en 98 à Austin, un festival à Austin, un gros machin de musiques indépendantes. Et on l’avait rencontré parce qu’il était très fan du premier album de Françoiz Breut.

C’était un américain ?
Oui c’était un américain, mais francophile, très francophile.

Bon alors ce soir, tu es à Ramonville, banlieue de Toulouse, t’as là pour présenter ton dernier album studioAuguri
… entre autres.

… entre autres, oui, tu sors du carcan de la promo ?
Oh ben moi les concerts, même si sur scène on joue beaucoup les dernières chansons parce que ce sont celles par rapport auxquelles y’a une fraîcheur maximale je dirais, quand les gens me parlent de concert de promotion, ça me fait hurler parce que pour moi c’est vraiment… En plus de promotion de quoi dans la mesure où les gens qui viennent nous voir, c’est vraiment les gens qui connaissent les albums, donc… enfin c’est une parenthèse mais maintenant, y compris chez les groupes, y’a vraiment un langage, même chez les jeunes groupes, surtout chez les jeunes groupes, où tous les concepts de marketing sont intégrés à leur discours. C’est quand même assez terrifiant je trouve. Donc voilà. Parenthèse.

Bon t’es plutôt à la fin de cette tournée en groupe, parce qu’il y avait eu le Solo Tour au mois d’octobre ; comment ça se passe, un premier bilan peut-être ?
Ben le bilan il est simple je crois que les deux… enfin, la tournée solo m’a vraiment remis sur les rails par rapport à un travail en groupe. Parce que la tournée Remué m’avait un peu…

… plombée.
Ouais, ouais, ça m’avait un peu refroidi sur le travail en groupe. Bon entre temps, y’a eu la tournée de Françoiz et tout ça qui a remis un peu les choses… mais c’était nécessaire pour retrouver, je dirais, une certaine allure sur scène et puis surtout une certaine décontraction – j’aime pas trop le mot – . Maintenant le truc c’est de vraiment d’alterner justement. La tournée solo, ça devait être juste au départ un petit moment, et puis les échos que j’en ai eu et les sensations que j’ai éprouvées en faisant ça font que je goûte aux joies de l’un et de l’autre en alternance et c’est très agréable.

Bon de ce qu’on a entendu, y’a eu la Black Session chez Lenoir…
… qu’était pas terrible d’ailleurs. Je chantais comme un porc (rires).

C’est peut-être pour ça que tous les morceaux n’ont pas été diffusés, c’est peut-être toi qui a dit que c’était peut-être pas la peine de…
… non non non, y’a pas eu de… même ma mère m’a dit que j’avais mal chanté donc… un peu dans l’enthousiasme du truc, j’ai eu l’impression que… C’est toujours le problème c’est-à-dire que quand tu réécoutes des bandes concerts qui sont très bien passés, quand tu réécoutes la bande sonore, ça te semble épouvantable, tu fais pas la correspondance entre l’un et l’autre et en fait là c’est pareil ; j’ai passé un bon moment sur l’instant et puis au vu des réactions des gens que je connais bien, je mes suis  » oh ben d’accord, on s’est méchamment planté » (rires). Mais ça sert de leçon, on apprend tous les jours.

Apparemment c’est un concert qui varie peu par rapport au dates, la setlist change pas beaucoup, c’est en réaction au solo tour – où tu improvisais pas mal, y’avait un jeu qui s’instaurait entre les spectateurs.
Ah c’est sûr que là c’est beaucoup plus figé.

C’est l’équilibre dont tu parlais tout à l’heure ?
Ben en fait, c’est difficile quand tu es en groupe de trouver une énergie de groupe, ça suppose que tu aies des repères. Dans la mesure où tu fais un concert de rock’n’roll pur, tu peux lors des morceaux intervertir un peu. Là y’a vraiment une histoire de relief, en montagne russe, et c’est vrai que quand on change la liste – la liste elle évolue encore un petit peu, enfin c’est des bricoles mais… pour que le concert soit le plus réussi possible c’est vrai que c’est bien de s’en tenir à un ordre en fait, parce qu’on peut vraiment jouer sur les ruptures, et quand tu bouleverses un peu cet ordre-là ben ça peut vraiment te foutre dedans. Moi je sais que quand les rares fois où on a justement cherché à tout bouleverser, on trouvait pas nos marques. Et le concert était moins bon. Là maintenant on a tendance à faire évoluer les morceaux plus que par le passé donc y’a pas cette sensation de répétition, en plus là c’est sur vingt dates, donc c’est pas énorme. Et puis y’a aussi des impératifs – enfin impératifs c’est pas lemot – des trucs d’ordre technique qui sont liés aux lumières et liés au fait que le sonorisateur est vraiment mixeur, donc au moment où on joue tel morceau, s’il veut envoyer tels effets et pareil pour le lampouliste, il faut qu’il sache se qu’il va se passer et c’est vrai que c’est tellement dur à mettre en place un set qui fonctionne bien, que quand tu tiens un peu le truc, t’as pas envie de le lâcher tout de suite. Si on tournait sur six mois, ça pourrait être problématique, mais là, ça va.

Et le set DJ que tu fais à la fin ?
Ah mais c’est pas systématique. On l’a fait trois avec Mellano. Oh c’était pour rigoler. C’était pas un set DJ , on passait des disques quoi. Mais là j’en ai marre. C’est toujours les mêmes disques.

Beaucoup de titre d’Auguri ce soir, comme tous les autres soirs, de La mémoire neuve aussi, très peu deRemué, encore moins des albums précédents de La fossette et de Harry. Ce choix se fait par rapport au groupe ? A la façon de jouer ?
Ouais au travail en groupe, c’est-à-dire qu’on essaye des trucs ; moi j’avais envie de jouer L’onglée parce qu’on avait une bonne version. En fait, par rapport à Remué, c’est pas du tout un dénie ou un reniement ; en fait Remuéfonctionnait très bien sur scène avec les claviers, là y’a pas de claviers et on avait l’impression à chaque fois de refaire des versions… c’est-à-dire que les chansons de Remué ne supportent pas tellement du réarrangement autant d’autres chansons du vieux répertoire on peut les réarranger un peu comme on veut, autant celles-là elles sont un peu figées et le plaisir n’était pas là franchement. Donc des fois on joue Encore quand on le sent bien…

Retrouvailles aussi.
Oui y’a Retrouvailles tu es bien informé ; on a essayé Exit mais ça fonctionnait pas, sur les vieux trucs mois je voulais faire L’onglée mais on revenait à la version qu’on faisait sur la tournée Remué et c’était moins bien parce qu’il n’y avait pas les trucs de piano et tout. Donc le tri s’est fait lui-même. Et après bon moi j’écoute vachement les gars du groupe, et quand ils ont vraiment envie de jouer un morceau et que je suis pas opposé à ça, on essaye et si ça fonctionne bien… mais c’est vrai qu’il y a pas mal de truc sur lequel on fasse l’impasse, mais bon c’est normal.

Ca t’énerve, ça te gonfle un peu qu’on te demande souvent les premiers titres du type Pignolo, Les lapins
Oh Pignolo, Les lapins ouais. Oh ça oui. Y’en a trois, Pignolo, Les lapins, Otto box, en général ça va de paire parce que dès qu’y’en a qui lance Pignolo… Je me dis…

J’ai évolué mince !
(rires) je me dis que ces gens-là passent un peu à côté du concert. Ca m’est arrivé lors du solo tour à Paris, quelqu’un m’a demandé Les lapins, bon j’ai dit  » ok, les lapins « . Et je te jure ça sonnait à côté mais total, les gens qui connaissaient pas se sont demandés qu’est-ce que c’est que ce truc ?

C’est un ovni !
Ouais c’est trop loin, c’est trop…

Trop de décalages.
Ouais. Déjà quand il est sorti, quand La fossette est sorti, déjà je me disais,  » Les lapins , ah j’aurais pas du le mettre « . Et 10 ans après… (rires). Mais j’ai un autre truc, j’ai des chansons pour les gamins que je vais sortir un de ces quatre. Donc là, j’ai Le poisson chat qui va éclipsera Les lapins (rires).

Très bien, c’est un scoop alors.
Ah oui c’est un scoop. Avec une première ce soir peut-être.

Lors de ton passage chez Lenoir en octobre t’étais passé faire… bon là c’était quand même un peu promotionnel.
Oui oui carrément.

 

Tu parlais de ton modèle pour les concerts solo qui était Joseph Arthur, je pense que ça l’est toujours, avec cette fameuse technique de sample avec sa folk. Est-ce dans l’avenir, tu penses le refaire, parce que tu disais justement que pour arriver à un tel niveau de perfection, de maîtrise, il faut vraiment en faire beaucoup.
Ben le truc de Joseph Arthur, le truc qui m’a vraiment impressionné, c’est ben ouais c’est la maîtrise du truc et le fait que ça fonctionne incroyablement bien. Maintenant lui n’est pas très très expansif. Moi le plaisir que j’ai aussi par rapport au truc solo c’est qu’il ait un rapport privilégié avec les gens aussi, qu’il y ait un truc en retour, c’est-à-dire que les gens me réclament des trucs et que moi je les joue de mon côté. Je veux pas arriver aujourd’hui au truc où je maîtrise bien parce que justement ça figerait, de la même façon qu’en groupe on est un peu figé par rapport à ça. Là j’ai pas envie de perfectionner trop. Maintenant le système des pédales et tout, je le maîtrise assez bien pour me tirer de toutes situations un peu délicates à part où tout part en carafe évidemment.

Comme à Lyon.
Comme à Lyon oui.

Il ne s’est rien passé cette fois-ci à Lyon ? Parce qu’apparemment t’as toujours des plans foireux.
Non non non, c’était étonnement normal (rires).

Bon t’as fait une petite tournée en Espagne, ça s’est passé comment ?
Très bien. Super oui.

Les gens étaient réceptifs ?
Oui oui très bien oui ; y’a eu des soirs plus ou moins bons, mais dans l’ensemble j’ai eu de très bons échos de ça.

Tu commences à percer peut-être là-bas. Avec Greenufos
Ah oui oui, y’a une vraie reconnaissance là-bas dans le truc indé de la scène française ; là dans les trucs de Rock Deluxe qui est le plus gros canard indépendant là-bas, sur les classements de fin d’année, t’avais Expérience en  » 2 « , j’étais en 5ème tu vois, on va dire que c’est la hype la France là-bas un peu, mais en termes commerciaux, c’est dérisoire bien sûr. Ecoute c’était en 97 il me semble, avec Françoiz on était allé faire un concert en duo à Valence, et y’avait 200 personnes dans la salle qui connaissaient les chansons quoi, qui réclamait les morceaux. Donc c’était déjà le cas déjà y’a quelques années, c’est de plus en plus le cas. C’est-à-dire qu’il y a vraiment un public.

D’autres expériences à l’étranger en vue ?
J’aimerais bien. Il paraît que la Pologne, ils voudraient qu’on aille là-bas ?

La Pologne ?
Ouais, ben Françoiz Breut y a été, et suite à ça. Yann Tiersen y a été aussi.

Parce que nous sur notre site, on a eu des messages par exemple de gens du Québec qui sont vraiment intéressés.
Ben les pays francophones oui, Québec, Suisse… mais bon moi les pays qui m’attirent ce sont les pays non francophones bien évidemment. Maintenant je ferai plus des pieds et des mains pour aller jouer n’importe où, à tout prix. Par exemple, à un moment donné mon obsession c’était d’aller aux Etats-Unis. Maintenant je me dis les Etats-Unis pourquoi faire ? Tant que les disques ne sont pas distribués… La base c’est qu’il y ait une distribution d’abord et après tu vas. Mais quand t’as pas de distribution…. Tu te fais plaisir et encore… Donc là c’est très bien, je reviens à Françoiz parce qu’elle commence à être diffusée un peu partout : en Angleterre, en Italie – elle finit une tournée en Italie -, son disque va sortir en Allemagne, je crois qu’en Australie elle est sortie, aux Etats-Unis y’a une distribution en import, donc là ça vaut vraiment le coup, ça correspond à quelque chose, ça correspond aussi à une mini-attente je dirais. Ça moi je l’ai pas, j’ai pas ce truc à l’étranger donc… Bon s’il y a des opportunités, je les saisirais volontiers. Ce sera en solo si ça se fait. A part au Québec, où on va y aller en groupe.

Vous allez y aller ?
Oui cet été aux Francofolies de Montréal.

Bon Dominique A, t’es quelqu’un qui bouge pas mal ; Provins, Nantes, Bruxelles, Cherbourg, Paris. T’es quand même quelqu’un du Nord, au-dessus de la Loire. Pourtant j’ai l’impression qu’Auguri est un album assez latin en fait. Y’a eu des morceaux un peu mambo sur La mémoire neuve
… mambo frigides (rires).

 

… mais bon le Sud ne semble pas très loin, t’as le Pirée, Burano, Auguri, t’as Antonia qui même si c’est inspiré d’une fille venant de l’Est qui tire quand même sur l’Espagne un peu. T’as aussi une affiche genre, on se croirait dans l’arrière pays niçois où je sais pas où.
C’est à Sète en fait. Toutes les photos ont été faites à Sète.Ah c’est à Sète. C’est une photo de Richard Dumas aussi ?
Oui oui, c’est la même série en fait.
affiche_tournee_auguri_2002_medium.jpg

Donc c’est un peu nouveau ce côté latin chez toi ?
Ouais ouais. Mais en fait c’est vraiment lié à l’Espagne. C’est-à-dire qu’à force d’aller en Espagne jouer régulièrement, et puis c’est aussi l’Andalousie quoi. C’est vraiment lié à ça.

La fanfare de Ronda…
Ouais et c’est vraiment lié à l’enregistrement du disque de Françoiz à Ronda pendant un mois, je suis vraiment tombé amoureux de cet endroit là. Donc ouais, c’est vraiment un truc que je ne connaissais pas chez moi. Ça va plus au Sud maintenant c’est clair. Y’avait cette volonté d’appuyer ce coté-là, jusque dans le titre, bon ça a un coté un peu démonstratif mais bon des fois, à force de jouer sur le non-démonstratif, j’ai l’impression de ne pas être assez clair des fois donc là j’en ai rajouté une couche.

Cette idée d’affiche c’est…
C’est un parie idiot en fait. C’est-à-dire que Richard Dumas a tiré cette photo là et dès que je l’ai vu j’ai dit  » ah oui ça c’est une affiche de tournée « , et puis j’ai vu que les gens autour de moi réagissaient assez mollement pour me dire  » ah ben tiens je vais en rajouter une couche  » et ça a marché. Aujourd’hui je regrette un peu (rires). J’ai vraiment une tronche de con.

Je vais pas te dire ce qu’il s’est dit sur notre forum, mais bon…
Oui oui, ça doit être assez rigolo.

Y’en a certains qui ont parlé de Danny Brillant quand même…
Ben écoute, moi j’aime bien ce côté-là en fait. Ça désacralise un peu.

Un petit côté rétro, vieille chanson française.
Non c’est pas tellement ça, c’est l’histoire de désacraliser en fait, c’est-à-dire que même si j’ai une tronche d’abruti sur cette affiche et que bon au bout d’un moment j’en ai marre de la voir, en même temps, j’aime bien l’idée qu’elle puisse déplaire, y compris aux gens qui m’aiment bien.

T’avais déjà posé sur une moto pour le livret de La mémoire neuve.
Oui, ben en fait quand on est allé faire les photos pour le disque, y’avait une moto à un moment donné, je suis passé devant j’ai dit  » tiens j’aimerai bien… », mais en plaisantant en boutade, et Richard Dumas après voulait me faire aller sur toutes les motos de la ville. Non j’aime bien cette photo parce qu’elle a un côté hyper ringard, je trouve ça assez marrant, je trouve ça assez anecdotique.

 

Christophe Miossec est passé il y a 15 jours se lamentait de ne pas avoir joué au Bikini qui est un peu la salle référence de Toulouse, qui est endommagée à cause de l’explosion. Est-ce que toi tu lis des sentiments au fil des tournées avec des salles des villes particulières ou est-ce quand tu sais que tu vas dans un endroit tu arrives avec un certain état d’esprit ou est-ce que tu fais table rase des anciennes dates ?
Non tu fais pas table rase, parce quand tu tournes dans l’hexagone t’as quand même des repères. Y’a pas mal de salles en France, mais quand tu tournes beaucoup, pas tant que ça en fait. Enfin y’en a beaucoup de salles de toute façon, mais y’a des points de chute comme le Bikini et tout… Là en particulier à Toulouse, c’est lié à la personnalité d’Hervé (cf. Hervé Sansoneto du Bikini). Ca fait parti des gens en France que t’es content de voir quoi dans les salles. Après des lieux que j’adore, y’en a 2 – 3, y’a type La lune des pirates à Amiens que je trouve un lieu vraiment magique, j’aime beaucoup le Vauban à Brest.

Est-ce que c’est lié au cadre ? Bon je sais que t’aimes bien les salles en pleine ville, bon ici c’est raté pour le coup (cf. la salle est située dans un parc technologique…).
C’est souvent raté de toute façon.

Y’a aussi par rapport aux gens. Bon les Brestois ont une personnalité assez particulière paraît-il.
Ben c’est un ensemble de choses, mais je dirais que je suis très sensible au cadre, presque plus que… bon après les histoires de public, tout ça, je me méfie des généralités parce que tu vois j’ai longtemps dit que le public lyonnais par exemple était super bizarre, l’autre fois c’était juste super, les gens étaient à la fois hyper attentifs et à la fois hyper réactifs donc ça s’est l’idéal. Dans le Nord je disais toujours ouais le public est hyper chaud, et quand on a fait la tournée Remué, les gens étaient super froids tu vois. Donc je me méfie un petit peu des généralités maintenant ; maintenant ce à quoi je suis le plus sensible c’est au cadre, souvent, c’est ce qui se dégage des murs ou qui fait que ça influe sur mon état d’esprit avant de monter sur scène. Et donc y’a le Vauban, y’a la Lune des pirates, y’a… euh… j’aime beaucoup la Laiterie de Strasbourg – le dernier passage me disait qu’il faudrait qu’il cleane un peu parce qu’elle commence à avoir vécu, mais c’est une bonne salle. Qu’est-ce qu’il y a comme salle autrement ? C’est les trois qui me viennent à l’esprit. Je sais qu’il y en a une autre mais je ne l’ai pas en tête.

T’en es à cinq albums studios, dès le départ t’as eu un public qui t’as suivi, même une critique spécialisée ; avec La mémoire neuve et Le twenty-two barce public s’est agrandi. Qu’en est-il maintenant, est-ce que ce public vieillit avec toi, ou est-ce qu’il mue par rapport aux albums.
J’ai l’impression en fait que des gens me suivent ouais. C’est difficile à dire là-aussi parce que j’entretiens pas vraiment de rapports avec. Avant à l’époque de La fossette je recevais vachement de lettres, mais y’avait pas le net et tout. Je recevais beaucoup de lettres, je répondait à quasiment tout le monde. Maintenant je reçois plus des disques que des lettres, des disques que souvent j’écoute pas parce que la journée est courte et que je préfère écouter les disques que j’achète. Et puis je réponds pas parce que j’ai pas envie de jouer le directeur artistique. Je réponds quand il m’arrive d’en écouter et que je trouve ça vraiment bien, je me manifeste mais souvent le problème c’est que je les écoute un an et demi après donc c’est peu tard.

Soit le gars a abandonné soit il a percé.
Oui voilà. Donc je sais pas qui m’écoute aujourd’hui. J’ai l’impression qu’il y a dans les gens qui viennent me parler après les concerts, c’est souvent des… vieux fans, c’est pas le mot, mais c’est des gens qui me suivent. L’époque du twenty-two bar est très particulière par ce qu’à ce moment-là ça s’est élargi qui venait et qui sont partis après avec Remué.

T’as toujours du mal à assumer qu’un public te suive de près ? Je sais que t’avais du mal à comprendre que des gens puissent – bon le mot est un peu fort – t’idolâtrer alors que toi envers d’autres artistes justement tu te comportes comme cela.
Oui disons j’avais du mal, je le conservais mais c’est vrai que j’avais du mal à le vivre. C’est à la fois paradoxal, parce quand tu fais ça aussi y’a une part de ça, tu veux vraiment te faire remarquer, si tu entends dire que des gens te vénèrent, t’es heureux, mais si tu les rencontrent t’es mal, c’est là le paradoxe ; enfin c’est pas un paradoxe, c’est juste normal. Dans l’idée c’est séduisant, dans la réalité c’est glaçant. Parce que c’est une hyper projection de trucs fantasmatiques et toi tu te sens vraiment pas à la hauteur du tout.

Y’a un décalage.
Oui qui n’est pas agréable. Bon alors maintenant ça va. Bon déjà je remercie les gens d’être assez discrets, je rencontre rarement des emmerdeurs. Ca m’arrive rarement d’envoyer chier des gens. Ça m’arrive, maintenant. Je le faisais pas avant mais maintenant ça m’arrive parce que la vie est courte, comme je disais plutôt.

Je sais pas si on peut appeler ça le syndrome du Twenty-two bar dans lequel t’as un peu peur de replonger non ?
Oui et non, parce que là tu vois on y va à pieds joints, on va sortir Les enfants du Pirée en single, donc c’est un peu le Twenty-two bar bis. En fait c’est une version qui a été retravaillé par… moi j’aime pas trop son groupe, le type de Eiffel, Romain, mais qui est très très bon arrangeur. Et là il a arrangé le titre et c’est vraiment pas mal. Donc je pense que ce sera diffusé à la radio d’ici fin mai ou juin. Le truc c’est de peut-être sortir un maxi dans le commerce avec cette version-là et puis des inédits, bon trois inédits, Empty white blues en concert sans doute là les gens commencent à me le demander et puis deux trucs qui sont parus vraiment nulle part qui sont… enfin j’aimerais bien, je sais pas ce qu’on va faire exactement, mais j’aimerais bien mettre un titre de la session de New-York de 98 que j’aime bien et un titre de la session de La mémoire neuve que j’aime bien aussi. Faire un espèce de maxi un peu éclaté comme ça, mais avec des vrais inédits, des vrais trucs. Donc faire en sorte que les gens qui aiment bien cette version puissent l’acheter, se la procurer avec des choses, parce qu’inévitablement les gens qui vont venir au disque par ce biais-là… y’aura un cd sans doute un titre inclus, tu vois, pour que les gens qui entendent la chanson et qui ont envie de se la procurer ne soient pas déçus par rapport à la version de l’album ; donc c’est une espèce de salmigondis de trucs un peu chiant liés au remix, enfin c’est même pas un remix. C’est toujours un peu pénible ce genre d’histoire, mais il faut que l’on s’en tire bien.

Ça se calcule.
Oui ça se calcule. Comme y’a eu beaucoup ce truc là, qui existe encore, de… genre on sort un album, et puis des mois après on ressort le même avec des inédits, faut faire très gaffe quoi. Enfin moi, je suis super hostile à ça. Maintenant l’idée que quelqu’un entende une chanson à la radio et puisse pas la réécouter ça me fait chier aussi, donc va falloir qu’on trouve un truc bien pour que ça soit propre. Donc y’a ça, donc le phénomène de Twenty-two bar bis, bon il ne se reproduira pas je pense parce que c’est pas aussi… mais bon c’est vrai que là aussi c’est aussi une chanson à caractère un peu désuet, qui est un peu à part je trouve. C’est assez marrant parce que moi, à la fois, je ne me sens pas très à l’aise par rapport à ces morceaux-là, pour en écrire pas mal ou pour même en interpréter, mais c’est souvent ceux sur lesquels le plus large public s’arrête. Donc c’est assez rigolo de… Aujourd’hui je me sens plus… j’étais différent en 95, j’étais vraiment remonté, et puis j’étais très craintif, j’étais vraiment fermé sur moi-même, sur ma petite histoire. Je crois qu’humainement j’ai un peu évolué, et que si un truc devait se produire où ça débordait du public…, je pourrais je pense mieux le vivre. Mais je dis ça avec des pincettes parce que…

Ca change vite.
Ouais. Et puis je sais que je suis très changeant vis à vis de ça et que je pense toujours que le succès c’est toujours un truc… je sais pas dans quelle mesure c’est souhaitable. Quand je vois le succès de Yann, de Yann Tiersen, lui c’est nickel parce que lui en fait, les gens ne le connaissent pas, tu vois. Je lui disais  » mais ça va devenir assez infernal pour toi ? « . Il dit :  » non les gens ne me connaissent pas. » Tandis que moi, y’a des gens qui n’achètent pas mes disques mais qui me reconnaissent. L’image est plus… A partir du moment où le regard qu’ont les gens sur toi passe uniquement par l’image, c’est là où c’est problématique en fait, et où ça peut devenir n’importe quoi et où moi je ne me sens pas forcément armé pour affronter un large succès. De toute façon, je ne pense pas que ça arrivera cette année, donc ça va.

On va parler un peu du site, enfin de l’arlésienne pour l’instant parce que c’est vrai que…
On peut l’appeler comme ça oui, « arlésienne.com » (rires).

Non mais c’est vrai que Labels l’annonce depuis un moment, ton cd est paru avec l’adresse dessus.
Oui c’est ça qui est le plus guignol.

Il devait y avoir pas mal de gens qui devaient être un peu frustrés de ne pas tomber dessus…
Bon moi, euh… sincèrement…

Je sais que bon, tu n’es pas trop branché…
Oh ben j’ai rien, j’ai rien tu vois. Parce que…

T’as pas le temps, tu te sens pas trop concerné ?
Si j’avais d’avantage de temps, peut-être que ça me viendrait à l’idée. Mais le fait est que, par rapport à internet, c’est vrai que j’ai pas vraiment le temps. Enfin bon on peut prendre du temps pour consulter… j’ai même pas de truc email tu vois, j’ai rien, ça c’est un peu con, c’est un peu couillon parce que ça me permettrait d’être en contact avec des gens, mais en même temps j’en ressens pas un besoin absolument urgent et je dirais par rapport au fait d’aller sur le net piocher des trucs, des trucs comme ça… pfff, je préfère bouquiner quoi, ou écouter des disques. Sincèrement. Le peu de temps de libre que j’ai, je préfère faire ça.

Tu sais à peu près ce qu’on va y retrouver sur ce site pour l’instant ?
Ben en fait, l’idée un peu, c’était que ça fasse un peu double emploi avec vous en fait, c’est-à-dire un forum à la fois, toute une série d’informations, le truc aussi que je voulais faire… j’ai toujours une idée de coffret qui regrouperait à la fois des enregistrements live et puis toute une série d’inédits dispatchés sur les premiers maxis, les machins, des trucs qui datent aussi de New-York par exemple qui n’ont jamais été diffusés, y’a quand même cinq morceaux qui figurent nulle part dont trois que j’aime vraiment bien de New-York, et plus y’a des maquettes aussi que j’ai retrouvées là, que je trouve vraiment bien. Donc l’idée, ce serait de faire un jour, alors je sais pas quand, un truc par rapport à ça. On a enregistré beaucoup de concerts de la tournée solo, là on a enregistré des concerts en groupe… pas faire un album live mais de faire une espèce de salmigondis de trucs avec des lives, des inédits, des machins…

T’avais parlé d’un double voire d’un triple album…
Voilà oui c’est ça. Et ça bon, j’ai toujours ça en tête. Le truc par rapport au site, c’était de balancer chaque mois un inédits ou un vieux truc, genre les morceaux parus sur les maxis y’avait longtemps, et puis un extrait live. Alors avec un extrait téléchargeable, les inédits… un truc live, chaque mois, de balancer deux trucs en fait, un truc live non chargeable. Ça devait être mensuel, et puis à la fin, dans mon idée ça devait être compilé et mis dans le commerce en fait. Y’avait aussi cette idée… j’avais commencé à écrire vachement de textes quand l’idée du site a été décidé, des textes sur n’importe quoi sur des trucs qui me passaient par la tête, des réactions par rapport à des choses. Le problème c’est que tous ces textes que j’ai écrit, maintenant ils commencent à dater, et donc là aujourd’hui j’écris plus du tout.

Faire une espèce de carnet de route en fait ?
Voilà oui un petit peu, faire des réflexions sur ci ou ça, ça parlait de… je sais pas, je sais plus d’ailleurs, des réactions par rapport à des trucs que je lisais ou que j’entendais. Donc l’idée, c’était ça, d’avoir un contact assez direct avec des gens et puis de répondre aussi aux questions des gens, d’être mis au parfum de tout se qui se passait sur le site régulièrement. Maintenant c’est vrai qu’avec la tournée et tout, le site ne se concrétisant pas, moi avec la tournée, d’autres trucs en tête, de l’huile sur le feu, et bon je suis ça de loin maintenant. De loin oui. On verra. Ils sont apparemment dessus, mais je sais pas ce qu’ils attendent.

Tu disais il y a quelque temps que tu courrais après un album parfait presque, t’essayais d’avoir la chanson parfaite, l’album parfait, maintenant j’ai l’impression que tu t’es ravisé et que tu t’inscris plus dans la durée justement. Ça dit être un changement important pour l’écriture ça en fait non ?
Non non pas tellement, c’est plutôt l’état d’esprit de ce fait-là qui est plus… j’ai l’impression que.. c’est un peu aussi un regard que je porte sur ce que j’ai fait puisque je m’aperçois qu’au bout d’un moment rien de ce que j’ai fait ne me satisfait pleinement – c’est juste normal (bis) parce que sinon je crois que c’est la fin des haricots – mais c’est quand même ce après quoi tu cours. A partir de ce moment là, ça ouvre des perspectives multiples et variées. La chance que j’ai jusqu’à présent c’est que j’ai jamais senti que jusqu’à présent j’ai senti que quand je proposais un truc, on m’a jamais fait trop mariné par rapport à des projets de disques. On va plutôt me dire ce serait bien que tu sortes un truc pas trop tard, que moi aller absolument raccrocher la veste des gens pour dire  » quand est-ce que je sors un truc ? » donc c’est assez agréable comme sentiment et donc là aujourd’hui, y’a pas mal de pistes de ce fait là. L’intérêt de l’histoire va se faire sur des moments dans des disques, et pas sur un disque en particulier qui sera la panacée. Je crois très fort à mon talent mais plus du tout à mon génie. Et c’est très libérateur en fait.

T’es donc plus dans l’idée d’une super compilation en fait.
Oui toujours oui. Faire en sorte qu’il y ait des moments inscrits dans la mémoire collective d’un certain nombre de gens. Après la notion fondamentale, bon c’est bête à dire, mais c’est le plaisir. Je dis ça à chaque fois mais y’a aussi ce disque, cette autre arlésienne qui verra vraiment le jour je pense aussi, c’est le disque avec Oslo Telescopic. Lentement mais sûrement le truc avance. Enfin il est fini mais les histoires des sorties, c’est compliqué parce que je sors chez Lithium, et mois je suis en contrat maintenant chez Labels donc c’est des histoires d’arrangements, de contrats, donc c’est assez fastidieux donc ça retarde tout en fait et y’a cette histoire de compilation de trucs mais bon je vais pas sortir des trucs tout le temps. C’est-à-dire que l’idée de sortir un autre disque studio… je pense que je vais prendre mon temps. Je pense que je vais m’arrêter un petit peu et puis travailler beaucoup en amont en fait, avant de rentrer de nouveau en studio. A l’heure actuelle.

 

A propos d’Oslo Telescopic, tu disais que tu baragouinais quelques mots ; ce sera quoi, ce sera plus du Oslo Telescopic que du Dominique A ?
Là j’ai fait écouter en avant première aux gens du groupe dans le camion l’autre jour et c’est un autre groupe quoi. C’est électro, beaucoup, et personne ne reconnaissait Oslo dans ceux qui avaient déjà écouté. C’est un peu dur d’écoute parce que le son… ça arrache un peu, mais c’est Lo-fi quand même, mais c’est super bien foutu. Ils ont vraiment bien travaillé. Et puis y’a des chansons quand même dessus, y’a 4 – 5 chansons, et le reste c’est plus des trucs avec des doubles voix, des phrases répétées en boucle… mais à l’écoute du truc, je trouve vraiment que c’est bien. Et je trouve que ça tient vraiment la route, dedans y’a 4 – 5 morceaux qui ont vraiment de la gueule. L’idée que ça soit repoussé je trouve que c’est pas tellement gênant, vu que le truc est assez fort. Par rapport à ce que je fais, c’est la part la plus expérimentale on va dire.

Y’aurait de la scène prévue ?
Non rien. Pas de promo, pas de scène. Eux ne veulent pas en faire, et puis moi j’ai pas envie de monter au créneau. A la base, les voix ont été faites très rapidement, tu vois, c’était de l’improvisation, et j’aime bien que l’on reste dans cette idée de truc un peu…

… brut.
Oui voilà oui, à tous niveaux. Après je ferai peut-être une bafouille tu vois à destination de tout le monde, la presse… expliquant comment ça s’est passé, ou un truc marrant peut-être.

T’as d’autres projets, des collaborations en vue ?
Non non pas vraiment mais j’aimerais bien.

J’avais lu je crois dans un numéro de Magic un truc sur une collaboration avec Calexico ; c’était quoi, c’était une rumeur ?
Il en a été question plusieurs fois. Chaque fois qu’on les voit, c’est  » quand est-ce qu’on fait un truc ensemble ? « , mais en même temps…

Eux, ils sont en vacances…
(rires) ben on avait fait l’Elysée Montmartre ensemble, ils nous avaient invités avec Françoiz…

… où Murat vous a planté.
Oui, y’a une très belle version d’Encore que j’ai enregistré sur un discman de derrière la scène, la version est vraiment bien, et ça, ça fait partie des trucs que je voulais balancer sur le net, avec pedal steel, vraiment une superbe version. Mais autrement non, rien de précis.

Vous aviez parlé aussi avec Yann Tiersen, y’avait des choses…
Ben avec Yann, y’a aussi une autre arlésienne, une des nombreuses, c’est un album en commun. Maintenant c’est délicat. Yann, tu vois aujourd’hui, enfin je dirai pas que cela change nos rapports mais c’est sûr qu’aujourd’hui si on faisait un album ensemble je sentirai moins de décontraction dans l’idée, qu’à la base quand on était au même stade de notoriété. Là aujourd’hui on va sentir des trucs, on va sentir une attente qui va être un peu paralysante en fait. Alors je sais pas.

Tes désirs, ce serait plutôt dans l’hexagone ou sortir justement, voir ailleurs ?
Oh ben sortir au maximum, parce que l’hexagone… c’est toujours bien de faire des trucs, mais le plus enthousiasmant c’est d’avoir des plans genre comme avec Stephen Merritt, c’est ça le truc qui vient de l’étranger.

Se confronter à une autre culture ?
Ouais, c’est plutôt de pouvoir être diffuser ailleurs, de multiplier les choses quoi. Maintenant je jeux pas faire le forcing. Si les choses se font j’ai envie que ça soit naturel et que ce soit pas par le biais de maisons de disques, que ce soit vraiment les gens qui se manifestent et qui m’appellent, que ce soit pas un truc genre  » ça pourrait se faire mais « , tu vois. Je trouve aujourd’hui que l’on a déjà suffisamment de déférences vis-à-vis des anglo-saxons sans en rajouter. S’il viennent nous chercher c’est bien aussi.

Murat justement en super forme dans le numéro de mars de Magic (cf. Magic #59), je sais pas si t’as vu…
En super paranoïa oui ! C’est un paranoïaque de première. C’est incroyable.

Alors je cite :  » je déteste travailler en France avec des français. C’est épouvantable, je ne pense pas que l’on puisse y enregistrer de bons disques. Le français est tellement jaloux qu’il ne veut pas que l’autre s’améliore et se sente bien « 
Ben en fait je pense que là il ne fait qu’une espèce de portrait de lui-même se voyant faire. C’est-à-dire que ça me semble être typique de la schizophrénie, il transpose son comportement, enfin je veux pas mettre des mots sur…, mais je trouve ça faux. Je pense qu’il a un problème relationnel avec les gens qui fait que travailler avec lui, c’est difficile, et moi des bons musiciens en France, sans vouloir euh… moi j’sais pas mais les gens avec qui je travaille je trouve que ce sont de supers musiciens et on a un rapport d’amitié avec eux, lui en plus il a des rapports d’amitié aussi avec des gens, c’est pas le truc, mais je trouve ça faux. Ce qui me gène la dedans, c’est cette espèce de dégoût de soi, de reniements systématiques, qui est vachement français, qui est super chiant quoi. Et en fait, un des premiers maux français, au-delà même des conditions d’enregistrement, c’est cette attitude d’auto dépréciation que les anglo-saxons n’ont pas justement. Les anglos-saxons, ils font leur truc et puis basta, ils sont plutôt du genre à la ramener pour ce qui concerne les anglais, puis les américains ils font juste leur truc dans le naturel en se disant que ça vaut bien autre chose. Donc dans son comportement même, dans son discours y’a tout ce qui va pas en France, au-delà des conditions de studio, c’est l’auto dépréciation systématique, que je pratique, que Miossec pratique, qu’on pratique tous, mais je lutte !

Y’a quelques jours a été diffusé en direct les cérémonies des Victoires de la Musique. Bon t’étais pas nominé mais qu’est-ce que t’aurais fait ?
Oh je sais pas, la question ne s’est pas posé donc je sais pas…

Les prises de position de Noir Désir, ça t’énerve un peu ?
Non pas du tout non. En fait, j’ai pas vu, j’ai que oui dire, mais je trouve qu’il était temps pour eux. Parce que quand même Noir Désir, avec toute leur implication par rapport au discours anti-mondialiste et puis se trouvant dans cette méga structure sans réagir, je trouve qu’il était temps pour eux de faire quelque chose. Bon ils l’ont fait apparemment plutôt bien, non ça m’énerve pas, je comprends tout à fait ce qui les a motivé, et le pourquoi du comment. S’il l’ont fait avec élégance en plus, c’est parfait, je les envie.

T’as entendu j’imagine la reprise du groupe espagnol El diablo en el ojo (cf. reprise du Twenty-two bar ) ?
Oui oui j’étais ébahi. Ben c’est très fidèle mais c’est marrant, je préfère vraiment cette version-là (rires). C’est comme écouter la chanson d’un autre et ça me l’a rendu à nouveau sympathique cette chanson. Aujourd’hui j’ai d’autant plus de plaisir à la faire sur scène.

Ça a peut-être déclenché un déblocage ?
Je la refaisais déjà en solo mais ça me l’a de nouveau… c’est vrai que j’ai du mal avec la version studio telle qu’elle est sur le disque. Je l’ai encore entendu l’autre jour.

…la belle intro cristalline.
Mais ça, l’intro ça va encore. Mais c’est la voix, c’est la voix, je peux pas. Maintenant ça va maintenant, j’aime bien la version de scène qu’on fait ; on l’a détruit pas trop en même temps, on la balance un peu balloche, elle est comme elle aurait pu être enregistré aussi.

La version de Bertrand Betch de La folie des hommes ?
Ben là c’est pareil, j’ai reçu le truc, j’ai dit  » mais c’est quoi, c’est pour rire ? « , parce que musicalement je trouvais ça vraiment pourri, puis sa façon de chanter aussi. Puis je l’ai entendu à la radio l’autre jour, et j’ai dit « ah finalement c’est pas si mal« . Ca va quoi. J’aime bien son disque. Enfin ils ont mis ça en premier avec Lithium parce que cette chanson a un côté vaguement catchy, mais je trouve que ça fait ringard, elle a un côté vraiment électro passée et repassée et que l’idée n’est pas très bonne. Et je trouve qu’il y a de belles chansons sur le disque qui aurait méritées d’être mises un peu plus en avant dans le tracklisting.

T’as participé à très peu d’œuvres caritatives ; t’avais fait Comme un seul homme, t’as fait aussi avec la même chanson (cf. Free Wheel) avec les Little Rabbits pour Liberté de circulation. T’es souvent sollicité à ce niveau ?
Pas tant que ça non. Parce que je ne me manifeste pas trop donc j’ai fait 2 – 3 trucs mais très ponctuellement. J’aime assez bien l’idée d’arriver par exemple à un concert de soutien, mais souvent le corollaire de ça, c’est que, assez lâchement, je demande à ne pas m’exprimer sur le sujet. J’ai pas envie de desservir la cause. J’aime bien l’idée de participer à un truc où t’es là pour ramener de l’argent, point barre. Mais après tout le côté militant me…

Tu sens que c’est pas ton rôle ?
Oui et puis rapport à ça, je ne suis pas quelqu’un qui est très concerné, donc je ne vais pas m’inventer une posture.

Concernant l’avenir de Dominique A, est-ce que tu as des horizons musicaux que tu as envie d’explorer, le côté électro, bon y’a déjà le côté avec Oslo Telescopic ?
Ben oui justement le fait de faire ça, ça me… j’ai pas de frustration par rapport à…

T’as assouvi un besoin ?
Ben oui parce que moi mon plaisir premier, c’est de faire des morceaux, ou de chanter, c’est de ramener des mélodies, c’est de ramener des paroles ou alors des ambiances, et c’est pas tellement de… aujourd’hui je fais des choix. Par rapport à l’électronique, je me disais  » ouais c’est dommage quand même que tu ne t’y mettes pas un peu plus « , et là en travaillant avec les gens d’Oslo, je me dis  » ben si tu veux vraiment travailler sur ça, travaille avec des gens qui aime ça « . J’aimerai bien faire des choses avec Mobiil justement, travailler sur des morceaux, je leur ai pas encore dit, mais… parce que justement ils sont férus de ça, ils connaissent bien le truc et après moi je ramène ma science et moi je travaille sur le terrain que j’aime bien, à savoir les paroles, la voix.

En gros t’écoutes quoi en ce moment ?
En gros j’écoute un truc qui s’appelle Clem Snide, qui n’est pas très original qu’il y a de belles chansons, un truc très country rock américain classique. Là on écoutait la compilation de hip-hop Anticon, c’est un label… y’a des trucs vachement bien dessus et dans le camion on écoutait ça. Qu’est-ce que j’ai écouté ? ben le dernier disque qui m’ait foutu la claque c’est le Notwist (cf. Neon golden) quand même. Ah c’est vraiment super. J’avais une petite réserve sur la voix que je trouvais à la longue un peu trop… mais là justement, y’a un côté… j’ai des problèmes des fois avec la volonté de mélanger à la fois de l’organique avec de l’électronique. Des fois je trouve que ça fige vachement les choses et là je trouve qu’ils le font… tu te poses pas de question. C’est-à-dire que le songwriting est vachement bien et y’a notamment le morceau Neon golden où t’as cet espèce de glissement qui commence par un blues et qui finit sur une espèce de truc un peu technoïde, y’a un espèce de glissement qui s’opère dans le morceau qui est complètement naturel. Et tout ça avec l’influence de plus en plus forte de Laughing Stock de Talk Talk dans la musique anglaise et apparentée, parce que Notwist enfin… vaguement allemand quoi. Oui je trouve que c’est un peu un disque étalon en ce moment. J’ai beaucoup aimé Michael J. Sheehy…

Avec qui t’as tourné, t’as fait quelques dates.
Oui on l’avait invité, et là c’était en solo, et je trouve que c’est dommage.

On va conclure, donc le prochain album, il est loin ?
Il est loin… j’aimerais bien peut-être accentuer le côté percussif de certains trucs. Pas travailler spécifiquement sur l’électro justement mais des rythmiques assez élaborées. En fait, j’ai en tête le morceau Nous reviendrons en fait, travailler dans cette voie-là un petit peu avec des mélodies, avec des voix chantées, non pas parlées, j’aimerais bien poursuivre un peu dans ce truc-là. Maintenant je ne veux pas faire des albums monolithiques, je veux vraiment que ce soit éclaté, et donc je pense qu’il y aura beaucoup de travail en amont, qu’il aura beaucoup de travail de pré-production, contrairement à Auguri ; et donc dans la méthode de travail, fonctionner complètement différemment.