dEUS Grâce Divine

dEUS Grâce Divine

dEUS Grâce Divine

dEUS

A l’heure où le rock d’exception se fair si rar, LES ACCORDS ATYPIQUES ET LES MÉLODIES CHAOTIQUES DE dEUS DIVINE EN UN ALLERSIMPLE JUSQU’À L’IVRESSE DES SOMMETS.

THE IDEAL CRASH >> ALBUM AUSSI FULGURANT QUE SUBJUGUANT, SERA AUSSI CELUI DE LA CONSECRATION.

In A Bar Under The Sea >>. son prédécesseur, avait été enregistré en 96 sous le crachin perpétuel au Galaxy Studio. une ancienne ferme au coeur de la plus morne plaine belge depuis Waterloo. et sous l’oeil attentif des vaches.

Trois ans plus tard et à trois mille kilomètres. noyé sous le soleil du sud de l’Espagne. dEUS capture son troisième CD << The Ideal Crash >> hanté par les vieux claviers vintages aux réminis tentes des planants King Crimson ou Moody Blues jouant des cascades d’harmonies aussi tueuses que tumultueuses.

Le départ du guitariste fantasque Stef Kami] Carlens pour Moondog Jr et son nouveau projet Zita Swoon. et l’arrivée de l’écossais supersonique Craig Ward ne sont pas non plus étrangers à cette mutation divine. Craig ne se contente pas d’apporter sa culture musicale interlope. il devient aussi l’alter ego du chanteur Tom Barman, doublant ou dialoguant vocalement ses par ries en pur body building polyphonique.

Et comme les Blues Brothers volaient à la rescousse du groove du Seigneur. les Européens de dEUS. leur instrument au poing et la rage aux tripes. viennent sauver le rock.

La tournée a démarré en Angleterre depuis quelques jours. alors que l’album n’est pas encore dans les bacs, et la plupart des dates sont déjà sold out. Comme ce soir au Garage » d’Islington. fief Labour et circonscription de Tony Blair dans la banlieue de Londres. où dEUS se produit à guichets fermés. Juste avant le sound check. Craig Ward en crasheur idéal » nous prouve incontestablement que ces dieux là ne sont pas tombés sur la tête.

Buzz: Rus emontons le temps et parle nous ta déification…

Craig Ward: J’étais déjà pote avec Stef Kamil… ) je suis allé le retrouver en 91 à Anvers où nous avons monté un groupe ensemble avec  Tommy. Plus tard, lorsque Stef est parti Tommy m’a proposé le job. On est de très vieux potes ; je connaissais ces gars depuis des années avant de rejoindre le groupe. À l’époque, je parcourais l’Europe sans cesse et je gagnais ma vie en jouant dans les rues. Et entre Paris, Prague ou l’Espagne, je repassais toujours par Anvers. Mais cela fait maintenant presque quatre ans que j’ai rejoint le groupe.

B Ton premier CD avec dEUS était In a bahr under the sea… Mais cette fois t´es beaucoup plus investi dans l´écriture…

CW: C’est un peu légitime. Lorsque nous avons enregistré    In A Bar… >>, je venais à peine de rejoindre dEUS. Le groupe était déjà signé sur un label majeur il avait déjà remporté un certain succès critique. Je me suis juste coulé dans le moule sans chercher à me distinguer  usicalement. Cette fois, je me suis beaucoup plus investi car j’ai trouvé ma place, au sens propre. dans ce groupe. Objectivement, le  départ de Stef m’a laissé plus d’espace pour m’exprimer, et Stef avait une très forte personnalité.

B : Ce qui explique aussi l’extraordinaire évo lution sur cet album, car cette fois Tom et toi avez tout composé ?

CW:  Absolument… On compose toutes les musiques ensemble. Quant aux lyrics, chacun écrit ce qu’il chante. Tom ses parties. et moi les miennes. Tu l’entends chanter… C’est lui qui l’a écrit. Et quand c’est moi que tu entends. ce sont mes textes. On a nos méthodes. On balance les idées à tour de rôle. car il est très rare que lui ou moi écrivions une chanson entière : Tommy va trouver un couplet et le refrain et moi je vais faire le reste. On aime bien voir nos idées se percuter. Et si cela ne fonctionne pas. on tente autre chose. On construit nos chansons à la manière des puzzles.

B : L’usage des vieux Instruments comme le Mellotron réchauffent véritablement l’atmosphère !

CW: J´aime  vraiment ces vieux sons. ‘ous avons enor­mément utilisé de claviers sur cet album. beaucoup de vieux orgues aussi. Nous avons ainsi récupéré tous ces CD Roms char­ges de vieux sons vintages et cela nous a rendu fous. A un moment, nous avons réalisé que nous avions collé du Mellotron sur toutes les chansons. Quel fun ! Adolescent. j’étais passablement branché par le rock dit « progressif » : le Mellotron est un flash de cette époque…

B : Justement, vos sons évoquent assez les Moody Blues ou le Floyd période Syd Barrett… 

CW:  comme King Crimson et Yes : mais nous ne sommes pas les seuls. beaucoup de groupes semblent redécouvrir le Mellotron aujour­d’hui. Il faut savoir prendre ce qu’il y a de mieux dans le passé. ne recycler que ce qui reste positif.

B Auparavant. je crois que vous aviez au moins quinze idées diffé­rentes par chanson aujourd’hui elles paraissent bien plus structurées.

CW: Je ne crois pas qu’il y ait moins d’idées dans nos chansons. mais cette fois •eut.ètre les avons nous beaucou .lus travaillées. Tu peux avoir une foule d’idées. Si tu parviens a les imbriquer de maniere logique, tout peut passer. C´est comme en Rubik´s Cube, s´il reste des angles droiit dans la composition, c´est que nous n´avons pas fait correctement notre travail. Et il est vrai qu´aupravant daes chansons de dEUS il y avait sans cesse ces petits détails quit´apostrophaient en te disant: hé fais gaffe a moi j´suis la… hé  gaffe a moi…. regarde comme je suis zarbe! Maintenant, nous avons sans dout appris a etre un peu plus subdirect, plus digeste et pourtant cela ne si pas pour autant que nous avons succombé a la facilité pu mememusel+e notre cri artistique.

C´est comme les journalistes allemands qui me prennent la tête avec ce qu’ils appellent notre « côté expérimental Dans leur esprit. c’est comme si une frontière invisible divisait la musique avec d’un côté les groupes « commerciaux » qui incarnent le mal absolu, le côté sombre de la Force. le mer­cantilisme et de l’autre côté les groupes « expérimentaux )). touchés par une sorte de grâce divine, artistiquement incroyables, qui incarnent le bien. le côté lumineux de la Force. Et ces-Allemands te tiennent ce genre de discours. comme des extratts_des_dialogues de Beavis and Butthead.. « ‘vous les gars vous êtes un groupe expérimental. alors vous ne feriez jamais un truc aussi honteux que… de gagner des sous. par exemple ?

Nous rejetons cette frontière artificielle. Si tu es un groupe plutôt intelligent, que tu marches au feeling artistique et que tu disposes du capital minimal d’intelligence. tu finis par t’en­nuyer très vite or le seul moyen d’oublier la routine c’est jus­tement l’expérimentation.

Je suis fier que notre rock soit moins anguleux que sur les -précédents albums, car il se passe déjà suffisamment de choses dans chaque chanson.

Auparavant. le premier couplet avait un arrangement diffé­..rent du second… qui lui-même en avait un différent du troi­sième et idem pour les refrains. Pourtant dEUS a toujours fait des chansons assez traditionnelles, de bonnes chansons… ce qu’on en faisait après !

B : Revenons à ce succès qui pointe pour dEUS… Êtes-vous prêts à l’assumer ? Vous allez accepter de répéter inlassablement votre histoire à tous ces journaux. toutes ces radios. toutes ces télés qui vont tous vous poser les mêmes questions ?

CW: Ces derniers temps, je raconte mon histoire dix fois dans la journée. chaque jour.  J’ai même pensé à composer un petit essai sur ce thème : « comment j’ai rejoint dEUS » par Craig et en offrir un exemplaire à chaque journaliste en préambule de l’interview. Cest un job en soi que d’être capable d’assurer ces trucs à la chaîne. Nous venons tout juste de commencer sur cet album et Tommy est déjà littéralement crevé par ces rchatches répé­titives. Ces chansons son beaucoup plus complexes que tout ce que nous avons fait auparavant, elles représentent une somme colossale de boulot. de répétition… au point qu’on n’a pas vraiment eu le temps de songer aux vieilles chansons pour le live.

Et puis c’est vraiment un tout autre métier que de parler aux journalistes. J’ai lu récemment des interviews de moi et dans mes réponses. je me trouvais un côté crétin blasé de misérable salaud… alors que je me connais moi-même et que je sais bien que je n’en suis pas un.

Le journaliste a cette liberté de créer lui-même le contexte dans lequel tu vas t’exprimer. Et c’est délicat à contrôler lorsque tu enchaînes dix interviews dans l’après-midi. C’est dur de rester pertinent tout le temps en trouvant les mots qui portent. Et c’est vrai que durant cette demi heure au téléphone avec ce journalis­te. je devais être un crétin blasé… mais si cela avait été ma pre­mière interview de la journée, j’aurais sans doute été plus positif !

B : Fastoche, regarde je pourrais isoler ce que tu viens de dire et titrer sur : Craig de dEUS au bord de la dépression nerveuse… Tour est une question de contexte !

CW: Exactement… a perdu tes peda es et boa bia b a… lu compren • s que l’on devienne méfiants : dorénavant, nous demandons systématique­ment aux radios pour lesquelles on fait du live, de nous faire écouter la bande enregistrée, pour accord. avant qu’elle ne soit diffusée.

(Tom Barman nous rejoint et plonge direct dans le courant de l’interview)

Tom Barman C’est un drôle de paradoxe, car dans un monde idéal – qui n’existe pas bien sûr – tu peux espérer que lorsque tu atteinds un certain niveau de succès. tu dois aussi gagner le privilège de pouvoir dire « non >>. Il est entendu que tu es déjà censé souffrir pour en arri­ver là. Alors imagine si un groupe sort un putain d’album génial et qu’aucun de ses membres ne soit prêt à en débattre avec la presse !

dEUS

B : Certains l’ont fait par le passé. New Order, Prince, Dexy’s Midnight Runners…

TB: Mais New Order est né de Joy division et ils avaient déjà vécu cela avec Joy. Je crois d’ailleurs qu’ils ont eu quelques expériences malheu­reuses avec la presse… surtout après le suicide par pendaison de Ian Curtis…

B : Il y avait aussi Dexy’s qui avaient les couilles d’acheter des pages de pub dans la presse rock pour en insulter les journalistes !

TB: Je crois qu´avant tout tu dois prendre garde a ce que tu dis surtout lorsque tu affirmes que cet album va avoir un succès géant ( rires)… c’est vrai que tout se passe bien pour l’instant, mais tu sais bien que je reste un éternel sceptique. ( rires)

B : Super… tu n’en resteras que plus naturel !

CW: Peut-être ne voulons-nous pas trop rêver, de peur d’êtres déçus ?

B : Tu sais très bien que les bons groupes de rock se font rares et que parmi ceux-ci, il est incontestable à l’écoute de « The Ideal Crash >>. que dEUS s’impose comme l’un des cinq groupes essentiels de cette année… parce qu’il est foutrement différent.

Je n’en sais rien. Tout dépend essentiellement de l’atmosphère au sein du groupe. Si le feeling est bon. si nous restons vraiment unis. alors nous serons assez forts pour encaisser tout ce stress. Nous l’avons déjà vécu par le passé et cela nous attend au tournant. tout spécialement lorsque tant d’articles me mettent systématiquement en avant. Si l’on braque sur moi tous ces projecteurs parce que je suis le chanteur et que j’ai démarré l’histoire. nul n’y verra aucun inconvénient au sein du groupe. Mais si ces articles me mettent en avant, en ego trip, et me créditent pour des choses ou des parties que je n’ai pas écrites, alors là, cela crée quanta de tensions. Le pire, c’estque plus ils écrivent sur nous, plus nous avons

thances de vivre cette situation. C’est juste ment ce qui crée le star-system. Heureusement il y a la scène. et là c’est évi­dent, que chacun d’entre nous. individuelle ment, sait sans peine captiver le public. Tu devrais voir Danny ( le bassiste) comment il sait les faire réagir… tu observeras là quelque chose de vraiment spécial. car c’est peutêtre moi qui chante mais en tout cas le public connaît chacun de nos noms.

Et ces gens-là ont chacun leur dEUS favori… Pour moi c’est comme une défense. un anti virus pour Klaas, par exemple. qui ne récolte pas assez souvent tous les lauriers de ses sidé­rants arrangements de cordes : et pourtant, crois-moi, j’en parle à chaque fois de ces arrangements.

Contrairement à tant de groupes où en dehors du chanteur ou du guitariste. les autres musiciens restent anonymes. cela n’a jamais été le cas chez dEUS.

B : Tu connais le roman de Ballard Crash, il n’y a aucun rapport avec le titre du CD ?

TB: Beaucoup de gens m’ont posé cette quel tion. mais notre « Crash » à nous se situe encore plus au niveau érotique : c’est un vrai « crash » au niveau sexuel dont il s’agit. Car il existe un degré certain d’ambiguïté sexuelle sur cet album ! Ici contrairement au roman ou au film. le « crash » est beaucoup plus large, le « crash » peut être à n’importe quel niveau. mais je n’ai pas non plus envie de rentrer dans les détails. Disons que certains voient dans l’amour ce << crash idéal », d’autres au contraire le voient dans la haine…

B : L’amour est omniprésent sur ce disque. il est dans chaque chanson.

C’est incontestable… c’était une année très difficile pour tous et pour différentes  raisons car nous sommes des gens différents mais j’ai com mencé à sortir avec ma petite amie durant l’enre gistrement de « In a Bar… >> et nous avons cassé durant celui de « The Ideal Crash >>. C’est assez lourd à vivre, mais lorsque tu es artiste, la frontiè _re..entre Ia.vie..privée. et, limaginaineest.. saux..ent, mince et c’est terrifiant. Même s’il n’y a pas tou­jours de lien aussi direct…

 

 

 

Deux heures plus tard. Tom ( chant, guitare). Danny I bassiste), Julle ( batterie), Klaas ( vio Ion) et Craig ( guitare. chant 1 incendient un Garage chauffé à blanc. dEUS surfe sous les applaus. Pourtant. les British ne sont pas réputés pour leurs clameurs chaleureuses. Mais les mélodies évanescentes superposées à la rage conjuguée des Belges auront raison des ultimes cristaux de glace britannique. A I.heure où l’oxygène pur se raréfie tant sur la p13 nète rock, leur « crash idéal >> paraît tout aussi vital. dEUS, groupe inclassable, qui a choisi comme patronyme le titre d’une chanson des Sugarcubes. va aujourd’hui déclencher le feu du ciel. Et l’on peut parier que cette toute première couve d’un magazine français ne sera que la Pre mière d’une très longue série.       

Gérard BAR DAVID